Dressons la table



Elles dansent depuis toujours, et pourtant, chaque pas qu’elles posent sur scène semble être le premier tant leur passion est palpable. Ophélie et Ann-Florence Bégin ne forment pas qu’un duo de sœurs : elles incarnent une force créative singulière dans le monde de la danse contemporaine au Québec. Chorégraphes, interprètes, entrepreneures et complices, elles tracent leur route avec audace et sensibilité, mêlant rigueur artistique et engagement humain.


Leurs accomplissements sont à la hauteur de leur talent : finalistes à l’émission Révolution où elles ont participé à 5 saisons, collaboratrices sur des vidéoclips marquants, invitées dans des festivals internationaux, elles cumulent les projets qui repoussent les frontières de leur art. Cofondatrices du brand Begin Sisters, elles bâtissent un espace où la danse devient un langage de transmission, de sororité et de puissance collective.



Mais avant les projecteurs et les plateaux de tournage, il y avait les débuts dans les studios de Québec, les chorégraphies montées dans le salon familial, les rêves partagés les yeux ouverts. C’est ce parcours, à la fois intime et spectaculaire, que je vous invite à découvrir — un chemin de passion, de persévérance, et surtout, de profonde connexion entre deux sœurs unies par un même cœur.


Des débuts précoces


Avant les projecteurs, les foules numériques et les scènes engagées, il y avait une maison. Un salon où tournoyaient deux petites filles aux pieds nus, des rideaux fermés en guise de coulisses, des robes de princesse qui flottaient comme des rêves. Avant les chorégraphies structurées, il y avait surtout une énergie brute, débordante, presque trop grande pour leurs petits corps. Et cette musique, toujours présente. Dès qu’elle jouait, elles bougeaient. C’était plus fort qu’elles.


Ophélie affirme : « Depuis que j’ai un an et demi, je danse. Mes parents ne savaient plus quoi faire de mon énergie. Dès qu’on mettait de la musique, c’était instantané : je dansais. C’était viscéral. »


L’histoire de leur passion n’a pas commencé dans une salle de répétition, mais dans un milieu familial vibrant, festif, expressif. Une famille où l’on ne dansait pas forcément, mais où l’art circulait librement. Théâtre, musique, bricolages scéniques — une forme d’exubérance joyeuse planait en permanence. Leur mère faisait du théâtre, leur père aimait beaucoup la musique. 


Personne ne dansait autour de nous, mais la maison était une scène en soi.

(Ophélie Bégin)

Ce terreau a donné naissance à deux enfants que rien ne semblait canaliser, sauf peut-être… un cours de danse. Le problème ? Aucun studio ne voulait d’enfants aussi jeunes. Un an et demi, deux ans : trop petits, trop remuants. Jusqu’à ce qu’un jour, une école accepte. Combo parent-enfant, ils ont dit. Venez, on va voir!


Ophélie : « C’est QMDA (École de danse à Québec) qui nous a ouvert ses portes. Ils ont accepté de me prendre alors que j’avais à peine l’âge de marcher ». Puis, l’histoire s’est écrite à deux. 

Happy feet!


À deux ans, on ne pense pas à la scène. On ne pense pas au corps, ni à l’art. On bouge, tout simplement. Le plaisir est là, immédiat, physique. La musique déclenche quelque chose d’instinctif.


Très tôt, elles ont commencé à intégrer des styles plus définis : jazz, hip hop, lyrique, contemporain, théâtre musical. La danse sur scène devenait une évidence. Les girls voulaient montrer ce qu’elles savaient faire! Être entendues, sans parler. Ce qui aurait pu rester un simple jeu s’est mué, très tôt, en démarche artistique. Pas parce qu’on leur a dit que c’était de l’art. Mais parce qu’elles y mettaient tout. Leur énergie, leur esprit, leurs idées. Sans même s’en rendre compte, elles posaient les bases d’un langage commun.


Ann-Florence : « On a commencé les compétitions à cinq ans. Ce n’était pas une pression pour nous, c’était excitant. On adorait se déguiser, monter sur scène, sentir l’énergie du petit public! » 

Une sororité en construction

On dit souvent que la fratrie forge les premières relations sociales. Mais quand cette fratrie danse ensemble dès le berceau, partage le même studio, les mêmes profs, les mêmes concours, le lien devient tout autre. Plus qu’une complicité : une fusion. Depuis toujours, elles apprennent à deux. L’une n’avance pas sans l’autre. Pas seulement parce qu’elles sont dans le même studio, mais parce qu’elles se regardent, se comparent, s’inspirent.

L'aventure RÉVOLUTION



Révolution est une émission de danse télévisée québécoise diffusée sur TVA, qui met en lumière des artistes de tous horizons à travers des performances électrisantes. Unique en son genre, l’émission se distingue par son système de captation à 360 degrés — une « révolution » visuelle qui révèle chaque détail du mouvement sous tous les angles. Jugée par un trio d’experts du milieu, l’émission combine compétition, émotions et narration corporelle, offrant une véritable scène aux danseurs pour exprimer leur identité artistique.


Lorsqu’elles performent sur la scène, l’émotion est plus directe, selon Ophélie et Ann-Florence. Il y a les silences dans la salle. Les respirations suspendues. Les applaudissements qui n’attendent même pas la fin. Il y a cette énergie, cette tension, ce fil invisible entre la scène et les sièges.


Sur le plancher lumineux de Révolution, les sœurs Bégin ont électrisé le public avec une intensité rare. Leurs mouvements, à la fois puissants et empreints d’une grande sensibilité, semblaient habités par quelque chose de plus grand qu’elles. Dès les premières secondes, leurs performances hypnotisantes captaient l’attention des juges, transportant la scène dans un moment suspendu, où la technique, l’émotion et la complicité fusionnaient en un seul souffle.


Pour Ophélie et Ann-Florence, se produire en duo sur la scène enivrante de Révolution représentait bien plus qu’un simple passage télévisé : c’était une épreuve de vérité, où chaque geste était amplifié, chaque émotion, décuplée. Et pourtant, malgré la pression énorme, elles ont trouvé dans cette expérience une manière inédite de gérer le trac. Pour la plupart des gens, le fait de devoir danser devant des caméras, un jury d’experts et un public de centaines de milliers de téléspectateurs aurait pu paralyser. Mais pour les deux sœurs, c’était l’occasion d’apprendre à canaliser cette nervosité, non pas en la refoulant, mais en l’accueillant comme un moteur.


Être en duo a aussi renforcé cette capacité : la présence rassurante de l’autre, la confiance mutuelle et la chorégraphie millimétrée bâtie à deux avec l’aide de leur chorégraphe Saxon Fraser devenaient autant de repères solides dans le tumulte. Cette dernière, chorégraphe et directrice artistique rigoureuse et innovante, est d’ailleurs reconnue pour sa capacité à mêler avec finesse les univers urbain, contemporain et narratif. Collaboratrice de premier plan sur des projets culturels d’envergure, tant à la télévision qu’en spectacle vivant, elle se distingue par sa vision forte de la narration corporelle. Figure respectée de la danse engagée, ses créations vont bien au-delà de la technique : elles racontent, émeuvent, et laissent une trace.


Les deux sœurs ayant été bien encadrées tout au long du processus, elles ont ainsi développé une rigueur mentale et une concentration accrue afin de transformer l’adrénaline en puissance scénique. Cette maîtrise du stress, acquise sur une scène à ce point exposée, leur sert aujourd’hui dans toutes leurs prestations — sur scène comme dans la vie.

Créer du sens...Ensemble


Ce qu’elles font aujourd’hui, ce n’est plus seulement exécuter des chorégraphies. C’est créer du sens. De l’idée première jusqu’au salut final. Une performance commence souvent par une étincelle : un thème, une pièce musicale, un inconfort.


La danse, pour les sœurs Bégin, ce n’est pas juste un langage esthétique. C’est un outil pour dénoncer. Pour guérir. Pour connecter. C’est là qu’elles canalisent leurs colères, leurs élans, leurs douleurs. Très tôt, leur danse s’est chargée de mots, d’idées et parfois même d’indignation. D’espoir aussi. Parce qu’en grandissant, elles ont compris que leur art n’était pas seulement une performance, mais une prise de parole… Et justement, Ophélie et Ann-Florence avaient quelque chose à dire. Des espaces à ouvrir et des thèmes lourds de sens à aborder.


C’est d’ailleurs ce qui a poussé Ophélie à transformer son expérience intime de la dépression en une performance chorégraphique marquante pour des centaines de milliers de téléspectateurs.


CLIQUEZ POUR VOIR LA PERFORMANCE EN QUESTION

Quand danser devient une libération...


L’aînée des sœurs Bégin ressentait le besoin profond de partager une réalité souvent invisible. Cette vulnérabilité, elle a ressenti qu’elle devait la rendre publique, pour faire comprendre que la dépression ne touche pas que des inconnus, mais aussi des personnes qu’on admire. 

— 
Ophélie Bégin

"Pour moi, c’était important, en demi-finale de Révolution, de montrer quelque chose d’absolument envahissant, une histoire personnelle qui m’a habitée."

Partage de vérité


Le partage de cette histoire n’a pas été facile. Pourtant, c’est devenu, selon elle, « le plus beau partage de vérité possible » avec leur public, qui les suit et les supporte au quotidien depuis plusieurs années.


Cette création a aussi permis d’ouvrir un dialogue peu présent sur la scène publique, un espace pour évoquer la réalité de la souffrance mentale. La chorégraphie est née d’une ronde précise, où chaque détail, chaque accessoire, chaque mouvement était chargé de sens, conçu pour transmettre l’authenticité du vécu. « On en a pleuré pendant les pratiques. C’était la ronde la plus difficile moralement. » Ophélie rappelle que cette dépression s’est étendue sur presque un an, jusqu’en 2023, et même si elle est sortie de cette période, elle ne prend pas son rétablissement pour acquis.


Ce qui l’a sauvée, c’est l’appui de sa famille, de ses proches. « Quand on est dans ce tourbillon, on est seul avec soi-même. C’est dur d’imaginer le lendemain. Mais il y a toujours quelqu’un est là pour nous tendre la main. » La ronde a mis en lumière cette réalité avec une intensité qui s’entendait presque dans le silence du public.


Le tournage de ce numéro a été éprouvant non seulement pour elles, mais aussi pour leurs familles, à qui on avait demandé d’être de dos lors de leur entrée en scène afin de ne pas trop affecter les danseuses. « Pour nos parents, c’était tellement difficile qu’ils pleuraient avant même que nous commencions. » Cette chorégraphie n’était pas seulement une performance : c’était une véritable traversée, une mise en scène d’une douleur vécue, mais aussi d’un espoir à continuer malgré tout.

Le processus de création des sœurs Bégin


La formule de création des sœurs Bégin n’est jamais figée. Elle repose sur une dynamique souple, organique, où chaque projet peut naître d’un point de départ différent : une chanson, une émotion, un mouvement, ou encore une histoire.

Souvent, une chanson peut déclencher une émotion, qui devient une histoire, puis un langage corporel. D’autres fois, c’est un type de mouvement qui les attire, qu’elles développent avant de trouver le bon morceau musical et d’y greffer une trame narrative.


Ce fut le cas pour leur face-à-face à Révolution, inspiré par la pièce Cognitive Module Number Two. En plein brainstorm, Ophélie avait affirmé « Moi, cette chanson-là m’inspire énormément. Je me vois absolument danser là-dessus ». De là, une vision de leur chorégraphe avait surgi : “Je vois des bretelles! », avait dit Saxon. » Et de cette image étaient nés les mouvements, puis l’ensemble du tableau.


CLIQUEZ POUR VOIR LA PERFORMANCE


Leur processus créatif ne repose jamais sur une mécanique froide — il s’agit plutôt de suivre une étincelle, peu importe d’où elle vient, et de la laisser guider l’ensemble. Très rarement, elles arrivent en studio sans direction. « Mais quand on n’a rien du tout, on peut aussi commencer simplement par le mouvement et se laisser guider à partir de là », dit Ann-Florence.

Les réseaux sociaux: au-delà d'une TREND


Si leur présence enflammée sur scène captive, celle qu’elles entretiennent au quotidien sur les réseaux sociaux est tout aussi impressionnante — et soigneusement orchestrée. Ophélie et Ann-Florence publient CHAQUE JOUR une nouvelle vidéo, parfois tournée à la chaîne lors de longues journées de production. « Il y a une fois où on en a filmé 17 en une seule journée! », se rappelle la sœur cadette.


Connues sous le pseudonyme @beginsisters, les deux danseuses comptent plus d’1.3 millions d’abonnés sur Instagram! On peut donc dire que les réseaux sociaux sont une scène parallèle pour elles. En ligne, le feedback n’est pas le même, mais le HIGH est bien présent quand même! Un extrait brut, tourné dans un salon, une ruelle ou un espace extérieur… Et HOP! Des centaines de repartages et de commentaires dans la foulée! 

KIND WORDS
— 
Ann-Florence Bégin

« Ce qui nous pousse à continuer, c’est de savoir que ça fait du bien aux gens »

Même si la plupart de leurs chorégraphies sont des tendances réinterprétées, elles y injectent toujours leur touche personnelle, un style signature reconnaissable entre mille. Ce rythme soutenu demande une discipline constante, une organisation de fer… et une motivation qui va bien au-delà de l’algorithme. « Ce qui nous pousse à continuer, c’est de savoir que ça fait du bien aux gens », confie Ann-Florence. Il y en a qui nous écrivent pour dire qu’ils ont commencé la danse à cause de nous. »

Dans un univers numérique souvent accusé de promouvoir la superficialité, les sœurs Bégin proposent autre chose : une authenticité lumineuse, sans faux-semblants. Elles reconnaissent toutefois qu’il y a des jours plus difficiles, où la pression de "performer" pour leur large auditoire se fait sentir. Mais malgré les kilomètres qui les séparent — Ann-Florence étant présentement installée à Québec et Ophélie à Montréal — elles trouvent toujours le moyen de se retrouver et de continuer à inspirer, une vidéo à la fois.

Des aspirations futures...

Ann-Florence


Ann-Florence, bien qu’enracinée dans le monde de la danse, sent poindre en elle une curiosité grandissante pour un autre univers : celui des communications. Après avoir passé de nombreuses heures sur les plateaux de tournage, à donner des entrevues, à participer à des projets créatifs en télé, elle découvre un véritable intérêt pour cet aspect du métier. « Tout ce qui est télévision, entrevues, comme la communication et tout, j'aime vraiment ça », confie-t-elle avec enthousiasme. Sans encore avoir plongé pleinement dans ce domaine, elle sent que ce pourrait être un terrain d’exploration stimulant. Elle se verrait bien, un jour, du côté de la coanimation ou d’un rôle en coulisse, guidée par le même désir de transmettre et de raconter.

Ophélie


Ce qui fait vibrer Ophélie en ce moment, c’est le désir de créer une œuvre complète, un spectacle conçu de A à Z. Elle rêve d’une pièce qui l’inclurait comme chorégraphe, interprète, mais aussi comme conceptrice de l’ensemble de l’univers scénique : des décors à la lumière, en passant par la scénographie. « J’ai vraiment envie de bâtir une pièce, un spectacle, qui inclut nous. Peut-être aussi avec un corps de danseurs. » Inspirée par l’expérience immersive qu’a représentée Révolution, où chaque performance devenait une mini-création en soi, elle aspire désormais à pousser cette démarche plus loin, avec une maîtrise complète de l’identité artistique du projet. En parallèle, un autre rêve collectif persiste : celui de faire grandir la marque Les Sœurs Bégin. « On ne sait pas encore si ça prendra la forme d’une école de danse, d’une ligne de vêtements ou d’autre chose… mais on sent que ça peut devenir plus grand que juste des vidéos de danse. »

Le mot de la fin


Pour les sœurs Bégin, danser n’est pas fuir le réel, c’est l’habiter autrement. C’est le rendre visible. Le traduire en gestes, en corps, en rythme. C’est faire passer un message là où les mots parfois échouent. Et ce message peut être aussi simple que celui de bouger pour avoir un corps et une tête en santé.


Que cela soit via leurs réseaux sociaux, leurs spectacles ou lors des ateliers qu’elles donnent aux jeunes danseurs de la relève, elles génèrent le mouvement. Elles inspirent à créer. À exister autrement. Grâce à elles, la danse devient outil de transmission et d’émancipation.


Ophélie et Ann-Florence Bégin ne dansent pas seulement pour elles-mêmes, mais pour tous ceux qui cherchent à s’exprimer, à guérir, à se dépasser. Leur parcours est une invitation à embrasser ses vulnérabilités et à transformer ses défis en forces créatives. Plus qu’un duo de danseuses, elles incarnent une force authentique et lumineuse qui rappelle que l’art, lorsqu’il est porté par la vérité et la passion, peut toucher, unir et inspirer au-delà des planches.


Et si tout devait s’arrêter demain — les shows, les réseaux, les scènes — il resterait l’essentiel : cette sororité vibrante, ce lien indéfectible, cette force d’avoir dansé côte à côte, contre vents et silences.


------------------------


Pour ne rien manquer au sujet des sœurs Bégin, abonnez-vous dès maintenant à leur différentes plateformes:


INSTAGRAM

TIKTOK

Remerciements


Nous tenons à adresser nos plus sincères remerciements à toute l’équipe de la Tour du Port de Montréal ainsi qu’à celle de la Terrasse Place D’Armes pour leur accueil chaleureux et leur précieuse collaboration.


Grâce à votre hospitalité et à l’accès exclusif que vous nous avez généreusement offert, ce photoshoot a pu se dérouler dans des lieux aussi uniques qu’inspirants. Votre soutien a grandement contribué à la réussite de cette expérience, et nous en sommes profondément reconnaissants.


Terrasse Place d'Armes


Tour du Port de Montréal

@cathfcphoto

Suivez-moi sur Instagram