Dressons la table
Il y a, dans sa voix, une clarté rare. Celle d’une génération qui ne veut plus simplement recevoir l’information, mais la vivre, la comprendre et la partager autrement. Alexane Drolet fait partie de ces visages qui redéfinissent les contours du journalisme québécois. Ex-journaliste à Radio-Canada, elle a décidé, à tout juste vingt-sept ans, de prendre le large : quitter le confort d’une grande maison médiatique pour s’aventurer dans l’univers libre — et parfois vertigineux — de la création numérique indépendante.
Son pari ? Réconcilier les jeunes avec l’information. Leur parler là où ils se trouvent — sur leurs écrans, sur YouTube, sur les réseaux — avec une voix authentique, bienveillante, accessible. Parce qu’à ses yeux, informer, ce n’est plus seulement raconter les faits : c’est tisser des liens, créer du sens, redonner confiance à une génération souvent désabusée par le bruit médiatique.
Depuis le lancement officiel de son brand Alexplique (qui célèbre ses 6 premiers mois d’existence au moment d’écrire ces mots), Alexane vulgarise l’actualité avec pédagogie et légèreté, sans jamais sacrifier la rigueur.
L’info dans l’sang
À sept ans, Alexane Drolet était déjà fascinée par les journaux. Tandis que d’autres enfants collectionnaient des figurines ou des autocollants, elle, s’attardait aux pages imprimées qui sortaient des presses où travaillait son père, au Journal de Québec.
« Ça n’a pas rapport d’être impressionnée par des journaux à cet âge-là, mais moi, ça m’impressionnait », lance-t-elle en riant. Chez les Drolet, l’information faisait partie du quotidien : le téléjournal de Pierre Bruneau à 18 h, les manchettes du matin, les débats autour de la table. De ce bain médiatique naîtra une vocation.
« Moi, je voulais être celle à la télé qui raconte des histoires », raconte-t-elle. Ce désir d’expliquer, d’éclairer, d’amener les autres à comprendre, elle le porte depuis l’école primaire. Dans ses exposés oraux, Alexane dépassait souvent le temps alloué…juste pour être sûre que tout le monde avait compris.
Ce besoin de vulgariser, de ramener la complexité à hauteur humaine, allait devenir sa marque de commerce.
Alexplique
Aujourd’hui, cette jeune femme attachante et accessible incarne une nouvelle ère journalistique. Après un passage remarqué à Radio-Canada, elle a pris un pari audacieux : quitter le confort d’un grand média pour créer Alexplique, sa propre plateforme numérique de vulgarisation de l’actualité. Son objectif : offrir de l’information crédible, simple et vivante, sur les terrains naturels de sa génération — TikTok, Instagram, YouTube.
“ On assiste à une fracture culturelle énorme. ”
(Alexane Drolet)
En effet, les plus vieux disent : “Voyons donc, ouvrez la télé”, alors que les jeunes ne s’informent plus là. Leur culture, c’est le téléphone cellulaire -AKA- celui qui propose le monde entier au bout des doigts.
Avec Alexplique, Alexane a comblé un vide. Au Québec, personne ne faisait de l’information quotidienne sur les réseaux sociaux avec une formation journalistique. Elle s’est inspirée du Français Hugo Décrypte, tout en adaptant le ton et la pertinence au public d’ici. Et le succès a été fulgurant. Ses capsules courtes, directes et bien écrites parlent de politique, d’environnement, d’élections, de culture… toujours avec cette envie que « le monde comprenne ».
« Face à un titre trop compliqué, je me dis souvent : moi, j’aurais écrit ça plus simplement… Et tout le monde aurait compris. » Cette proximité avec le public, cette authenticité sans jargon, c’est ce qui la distingue des formats traditionnels. Quand je lui avoue qu’à 39 ans, je n’ai plus le câble depuis des années et que je regarde son contenu quotidiennement, elle me répond, amusée : « Tu es dans ma crowd. »
Mais derrière la légèreté du ton, il y a une grande rigueur journalistique. Alexane suit l’actualité de près et s’ouvre une note dès le lundi matin pour préparer son résumé de la semaine — le Alexpress. « L’actualité, ça n’arrête jamais. C’est un feu roulant. Je n’ai pas le choix d’en laisser passer et de faire des choix. Mais le résumé du vendredi, c’est ma façon de me dédouaner : au moins, j’en ai parlé quelque part! »
Teamwork makes the dream work
Son succès grandissant s’accompagne aussi de défis. Gérer une entreprise de contenu, c’est tout un univers : montage, recherche, comptabilité, partenariats… C’est pourquoi Alex est en train de se monter une équipe. Celle-ci avoue être rendue au stade où elle a besoin de gens plus compétents qu’elle dans certains domaines. »
Pas de grands bureaux ni de structures lourdes : Alexane incarne l’esprit de 2025, celui d’une génération agile et connectée. Sa recherchiste travaille depuis l’Europe, six heures d’avance sur le Québec : « Quand je me lève, elle a déjà préparé du contenu. C’est parfait. »
Pour elle, un bureau physique serait plus symbolique qu’utile. L’essentiel est ailleurs : dans la flexibilité, la confiance, la créativité.
Ce qui frappe le plus chez Alexane Drolet, c’est qu’elle ne prétend pas tout savoir ; elle veut simplement comprendre — et faire comprendre. Sa mission est claire : rendre l’information accessible à ceux qui se sentent exclus des médias traditionnels.
Et elle le fait avec cœur, lucidité et beaucoup d’audace. Dans un paysage médiatique en pleine mutation, Alex ne se contente pas d’occuper un espace : elle en crée un nouveau. Un espace où l’information se parle, se partage, se vit — à l’échelle humaine.
Cultiver la curiosité comme un art de vivre
Chez Alexane Drolet, la curiosité n’est pas une posture journalistique — c’est un moteur vital. Une manière d’entrer dans le monde, d’écouter, de comprendre.
« Je suis curieuse dans l’âme », confie-t-elle sans détour. Pour elle, la curiosité, c’est la qualité numéro un d’un bon journaliste : « Si tu t’en fous, si tu n’as pas envie de creuser, les gens vont le sentir. Être curieux, c’est vouloir comprendre, aller au fond des choses. Sans ça, ce métier-là devient impossible. »
Mais aujourd’hui, la belle savoure une liberté nouvelle. Avec Alexplique, elle choisit ses sujets, ses invités, ses angles. « Dans les grands médias, tu peux te faire imposer un sujet qui t’inspire moins. Tu le fais bien, mais c’est différent. Maintenant, je parle de ce qui me passionne profondément, alors la curiosité vient toute seule. »
Cette autonomie se traduit dans son rapport aux entrevues. Qu’elle parle d’environnement, de santé publique ou d’éducation, Alexane a ce don rare de s’intéresser vraiment à la personne devant elle. Et cela s’entend.
« J’ai eu la chance d’interviewer le ministre de la Santé, Christian Dubé, raconte-t-elle. Je l’avais déjà fait à Radio-Canada, mais cette fois, c’était pour ma business. Et juste de dire “Monsieur Dubé, bienvenue sur Alexplique”, c’était symbolique. Une petite tape dans le dos. Je me suis dit : six mois plus tard, les ministres veulent venir s’expliquer sur ma plateforme. »
Derrière ce sourire, il y a une fierté tranquille, celle d’avoir bâti un média qui attire désormais les décideurs. Et tout ça, sans perdre le ton accessible qui a fait sa marque.
La rigueur avant tout
Si Alexplique a su gagner la confiance de son public, c’est parce qu’Alexane n’a jamais fait de compromis sur la rigueur. Elle montre ses sources, explique ses démarches, contextualise chaque sujet. « Je veux que les gens sachent d’où vient l’information, dit-elle. Quand tu m’écoutes, tu vois mes sources. Tu vois que j’ai pris l’info sur le site du gouvernement, que j’ai fait une entrevue, que je montre les deux points de vue. »
Cette transparence est sa façon de redonner confiance en l’information, dans un monde où les fausses nouvelles se multiplient.
C’est sans doute ce qui fait le succès de son approche : une vulgarisation claire, incarnée, mais jamais simpliste. Ses vidéos ne parlent pas à son public, elles parlent avec lui.
“ Si j’arrive à rendre les gens plus confiants dans leur compréhension du monde, c’est mission accomplie. ”
(Alexane Drolet)
La grande école
Avant Alexplique, il y a eu Radio-Canada.
« Honnêtement, Radio-Canada m’a tout donné », dit-elle avec émotion. C’est là qu’elle a appris la rigueur, les codes, le rythme du direct, la vérification des faits, l’exigence de bien faire.
« Le diffuseur public est essentiel. Dans mes cinq années là-bas, j’ai tout appris du métier. »
Son départ n’a pas été simple. « J'ai pleuré souvent dans les derniers mois parce que je me cherchais », avoue-t-elle. Une véritable rupture, préparée sur trois mois, avec franchise et respect. « Mes patrons savaient que j’avais besoin de plus. Pas parce que je n’étais pas bien, mais parce que j’étais pressée de m’accomplir. »
Mais ailleurs, son choix a parfois été mal reçu. « Certains intervieweurs ont pris mon départ comme un affront. Comme si j’avais trahi une institution. » Elle hausse les épaules, un brin ironique : « Si tout va si bien dans vos médias, pourquoi une fille de vingt-sept ans vous dérange autant ? »
Elle le dit sans amertume, mais avec lucidité. Son départ n’était pas un rejet, c’était une affirmation. Le besoin d’écrire sa propre histoire, à sa façon, sans permission à demander.
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À L'ÉMISSION BONSOIR BONSOIR
Le jour où tout a basculé
Quitter Radio-Canada, c’est un geste que peu auraient osé. « C’était une libération, mais ça a pris un an à mûrir », raconte Alexane. « Je voulais d’abord voir si je pouvais faire tout ça à l’intérieur de Radio-Canada. Je proposais des projets numériques, je rêvais d’une émission YouTube. Mais c’est une grosse machine, tu ne peux pas tout changer…même avec toute la volonté du monde. »
Le déclic ?
Une entrevue marquante avec Justin Trudeau, réalisée en mai 2024. « C’était le rêve de tous les journalistes : interviewer le premier ministre. J’ai parlé avec lui pendant une heure de l’avenir des jeunes au pays. »
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Mais ce moment de consécration a aussi soulevé certaines passions…
« Ce n’était pas une tournée médiatique. Justin Trudeau avait choisi de me parler, à moi. Ça n’a pas fait plaisir à tout le monde », confie-t-elle avec un sourire qui trahit encore un peu de douleur. « J’aurais aimé qu’on me dise : “C’est le plus beau jour de ta vie, girl !” Mais à part mon chum et mes parents, personne ne célébrait vraiment. »
C’est à ce moment-là qu’elle a décidé de se tourner à 100% sur le numérique et que sa décision était prise: créer sa propre aquarelle.
« Je me suis dit : je vais être la Hugo Décrypte du Québec. »
Aujourd’hui, Alexane Drolet a trouvé son équilibre.
« J’ai fait mon deuil de Radio-Canada, confie-t-elle. Et je suis heureuse. Alexplique va bien, et moi aussi. »
Sa trajectoire inspire, parce qu’elle reflète une génération qui refuse le compromis entre la quête de sens et la recherche du plaisir.
Elle incarne et s’adresse à une génération qui veut comprendre, sans se faire prendre de haut.
Transition vers le numérique
Nous sommes le SEUL pays au monde où les nouvelles sont bloquées
Quand Alexane Drolet parle de sa transition vers le numérique, ce n’est pas le fruit d’un simple virage technologique. C’est une conviction.
C’était un pari risqué, mais nécessaire, surtout depuis le blocage des nouvelles sur Meta (FACEBOOK & INSTAGRAM) au Canada.
« Si Radio-Canada, TVA et Le Devoir pouvaient encore publier sur les réseaux sociaux, je serais juste une source parmi tant d’autres. Mais là, les gens ont cherché ailleurs. Et ils ont trouvé Alexplique. »
Elle ne s’en félicite pas, bien au contraire. « Si on oublie l’aspect business, ce serait une bonne chose pour la démocratie que les nouvelles reviennent sur Meta », confie-t-elle avec sincérité.
En attendant, Alexane trace sa voie dans un espace encore en friche — celui d’une information vivante qui parle aux jeunes dans leur langage. Elle occupe un espace unique, où elle redonne aux jeunes le goût de s’informer — avec des formats courts, directs et humains.
« La première étape, c’est d’aller là où sont les gens»,
dit Alexane Drolet avec une simplicité désarmante. Pour elle, le journalisme de 2025 doit sortir des salles de rédaction et s’installer dans la paume des mains. Dur de voir le jour où un jeune de 30 ans écoutera le téléjournal d'une heure de 18h à 19h : les rythmes ont changé. «Nos parents prenaient le temps d’ouvrir le journal le samedi matin. Nous, on ne fera jamais ça. On est trop dans le show, dans le mouvement. »
Loin des campagnes de peur
Son constat n’est pas amer, mais lucide. La société bouge plus vite, se distrait davantage, et s’informe autrement. Alexane n’y voit pas une fatalité, mais une responsabilité. « Il faut assumer que les gens seront peut-être un peu moins informés, mais on peut les aider à comprendre mieux. »
Alexplique se veut ce point de contact : trois minutes pour éclairer sans accabler, pour éveiller la curiosité sans plomber l’humeur.
Ses capsules brassent les idées sans provoquer la peur. Même quand elle aborde des sujets lourds — Trump, les crises sociales, la désinformation — elle garde un ton humain, souvent teinté d’humour. « Je ne veux pas que les gens sortent de là avec une boule au ventre. » Ce ton, à la fois empathique et rigoureux, crée une forme de confiance rare. On ne sent pas qu’elle « blast » qui que ce soit ; on sent qu’elle écoute, qu’elle nuance, qu’elle cherche à comprendre.
« C’est une certaine dualité », admet-elle. « Ce n’est pas vrai qu’on peut s’informer dans la vie en trois minutes par semaine. Mais c’est ça que les gens veulent. Alors je prends cette réalité et j’en fais quelque chose. »
Elle ne s’illusionne pas sur la profondeur du format court, mais elle en fait une porte d’entrée : une invitation à aller plus loin. « Je me dis que si j’ai réussi à te donner le goût d’en parler à ta voisine, de lire un article de plus, ben j’ai fait ma job. »
ADN Jeunesse
Cette approche a un effet boule de neige. « Je ne peux pas sauver tout le monde, dit-elle en riant. Mon but, c’est de donner le go aux jeunes. »
Et justement, les jeunes. Ils sont au cœur de sa mission. Devenue porte-parole de la stratégie ADN Jeunesse, Alexane porte son engagement au-delà des écrans. Dans les écoles, elle parle d’implication, de curiosité, d’action collective.
« Notre monde va mal, alors il faut des jeunes qui se lèvent. Pas juste pour faire du sport, mais pour s’impliquer, pour s’informer, pour créer. »
Elle raconte qu’en secondaire 1, elle était « ministre de l’Environnement » et avait convaincu son école d’installer des bacs bleus. « Vingt ans plus tard, j’en parle encore, parce que ça commence là. Quand t’organises un gala ou une levée de fonds, tu comprends déjà BEN des affaires sur la société. »
Pour elle, semer des petites graines de conscience, c’est essentiel. Elle veut montrer que s’informer, c’est cool, mais s’impliquer, c’est encore mieux. « Ce n’est pas vrai que les petits gars ont juste besoin d’un joueur de hockey comme modèle. Ils ont besoin de gens qui s’impliquent, qui osent. »
Équilibrer rigueur journalistique et spontanéité du numérique, c’est son autre défi. « Il faut lâcher prise sur le réflexe d’être la première sur la nouvelle. » Fini la course au scoop. Ce qu’elle veut, c’est comprendre avant d’expliquer. « J’aime mieux sortir une capsule deux jours plus tard, mais être fière de mon produit. »
Et puis il y a la pression. Celle de devenir, malgré elle, un modèle. « C’est une responsabilité énorme. Parce qu’Alexplique, ce n’est pas un personnage : c’est moi.»
Elle mesure maintenant chacun de ses gestes, consciente que sa crédibilité dépend aussi de son authenticité. « Avant, je pouvais poster ce que je voulais. Maintenant, avec cent mille abonnés, tu réfléchis avant chaque story. »
Et l'avenir?
Alexane le voit comme un chantier collectif. « Je souhaite qu’on ait pavé la voie pour plein de créateurs de contenu intelligents, crédibles, qui vont nourrir notre culture québécoise. Parce que les jeunes adultes sans câble, on les a un peu oubliés. »
Elle cite Alexandra Cooper comme modèle d’entrepreneuriat médiatique : « Elle a bâti un empire autour de ses valeurs. Moi, si je peux faire ça ici, à ma façon, et inspirer d’autres à le faire, ce serait mon plus grand rêve. »
La compétition ne lui fait pas peur. « C’est sain, dit-elle. Il faut qu’on s’entraide. » Et elle le répète avec conviction : dans un monde où les grands médias se battent pour des parts d’audience, elle préfère miser sur la solidarité.
« Les autres créateurs qui font du contenu intelligent, ils ne m’enlèvent rien. Tu peux en suivre trois autres, tu vas quand même écouter Alexplique. »
Et dans le ton posé d’Alexane Drolet, il y a cette certitude tranquille : le journalisme de demain ne sera ni télévisé, ni institutionnel. Il sera incarné.
Le mot de la fin
Alexane Drolet incarne ce moment charnière où le journalisme rencontre la création de contenu, où la passion de raconter se conjugue avec la liberté d’expérimenter. Elle ne cherche pas à “faire du bruit” ; elle cherche à faire du sens. Et c’est sans doute ce qui la rend si inspirante.
Son ton, sans cynisme ni moralisme, redonne le goût de s’informer. Et c’est peut-être là son véritable pari : reconnecter une génération distraite à la vie publique, sans culpabilité, mais avec curiosité. Dans un écosystème médiatique souvent polarisé, elle incarne un souffle différent — celui d’un journalisme ancré dans l’humain, porté par une volonté d’éduquer sans imposer.
Elle rit en disant qu’elle ne sauvera pas le monde, mais, quelque part, elle participe à le réparer. En semant des graines de conscience, une capsule à la fois.
Et si Alexane Drolet incarne quelque chose, c’est peut-être cette conviction simple et puissante :
On peut être journaliste sans costume, engagée sans dogme, et curieuse sans limite.
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