Dressons la table


 

À 24 ans, elle faisait déjà son entrée à l’Assemblée nationale comme la plus jeune femme élue de l’histoire du Québec. À 29 ans, elle devenait mairesse de Longueuil, portée par une volonté farouche de transformer la politique municipale. Aujourd’hui, Catherine Fournier incarne une génération qui refuse le cynisme et qui ose encore croire que la politique peut — et doit — être au service des gens.

Tour à tour militante souverainiste, députée indépendante, autrice engagée et désormais cheffe de l’une des plus grandes villes du Québec, elle trace son propre chemin, loin des sentiers partisans traditionnels. Entre conviction, transparence et courage, elle propose une vision résolument moderne de l’engagement public. Une voix jeune, mais déjà incontournable.

La vocation d'agir



Dès l’enfance, Catherine Fournier savait qu’elle ne se contenterait pas d’observer le monde. Tandis que d’autres enfants regardaient des dessins animés, elle s’installait devant les documentaires de Vision mondiale, troublée par les injustices qu’elle voyait à l’écran. « Un jour, je vais faire quelque chose », se promettait-elle, du haut de ses huit ou neuf ans. Aujourd’hui, cette promesse est devenue une réalité politique, sociale et profondément humaine.


Très tôt, l’engagement s’est inscrit dans son quotidien comme une évidence. À l’école primaire, elle créait un modeste journal numérique étudiant, un premier pas vers la parole publique. Au secondaire, un programme de bénévolat l’amène à découvrir l’implication communautaire. Et au cégep, la rencontre avec des jeunes militants l’introduit à un monde encore plus vaste : celui de l’action politique. « Je ne viens pas d’un milieu engagé, alors ces gens-là m’ont ouvert un univers que je ne connaissais pas. Et rapidement, j’ai compris que la politique, c’était à la fois défendre des idées et agir concrètement pour améliorer le quotidien des gens. »


Cette double dimension — idéologique et humaine — est devenue le fil conducteur de son parcours. À l’âge où plusieurs cherchent encore leur voie, elle pose déjà des gestes concrets : participation à des campagnes, implication au Bloc québécois puis au Parti québécois, et, en 2015, une première candidature aux élections fédérales. Une campagne perdue, mais vécue avec un engagement sans compromis. « J’ai passé plus d’un an et demi à faire du porte-à-porte toutes les fins de semaine, tous les soirs. J’allais dans tous les événements. Je voulais me rapprocher des gens, peu importe le résultat. »


Ce désir de proximité est demeuré intact. Même lorsqu’elle devient la plus jeune femme élue à l’Assemblée nationale du Québec, puis lorsqu’elle choisit de siéger comme souverainiste indépendante, Catherine Fournier ne perd jamais de vue l’essentiel : faire de la politique un outil pour transformer le quotidien des gens. Ce n’est donc pas un hasard si elle trouve aujourd’hui un puissant écho à son engagement dans la sphère municipale, à titre de mairesse de Longueuil.


« Je ne pensais jamais finir en politique municipale, mais maintenant que j’y suis, ça me semble si cohérent avec qui je suis! »


Pour elle, cette échelle d’intervention permet un contact direct, franc, sans filtre avec les citoyennes et les citoyens. À l’hôtel de ville, dit-elle, les gens peuvent venir poser leurs questions dans un espace démocratique vivant, loin des grandes mises en scène des parlements de Québec ou d’Ottawa.


Ce qu’elle défend, au fond, c’est une politique à visage humain. Une politique incarnée, enracinée dans la vie quotidienne, mais toujours portée par une vision. Celle d’un Québec plus juste, plus proche de ses citoyennes et citoyens, plus audacieux aussi.


Car derrière l’élue, il y a toujours cette petite fille de Sainte-Julie, assise devant la télé un matin de fin de semaine, qui regardait le monde avec empathie — et qui savait, déjà, qu’elle n’allait pas seulement regarder. Elle allait agir.

Jeune, libre et résolument engagée



Quand Catherine Fournier fait son entrée à l’Assemblée nationale en 2016, elle n’a que 24 ans. C’est la plus jeune femme jamais élue dans l’histoire du parlement québécois. Pas étonnant, donc, qu’elle ne trouve personne de son âge autour d’elle. Et pourtant, malgré l’écart d’âge et l’expérience politique encore fraîche, elle ne se sent pas en imposture.

 

« J’avais travaillé fort pour être là. Ma place n’était pas tombée du ciel. »

-Catherine Fournier


Ce qu’elle gagne alors, ce n’est pas seulement un siège à l’Assemblée, mais une voix. Une voix jeune, dissonante, curieuse. Et cette voix, contre toute attente, a été écoutée. « Je n’ai jamais senti que j’étais perçue comme une menace. Plus comme une curiosité. Une voix qu’on n’avait pas l’habitude d’entendre. Alors, les gens s’arrêtaient pour tendre l’oreille. »

Sa façon de faire de la politique tranche avec l’image du jeune loup voulant tout renverser. Catherine Fournier n’est pas là pour bousculer gratuitement. Elle observe, apprend, s’adapte. Et rapidement, elle constate l’existence d’un moule. Un cadre rigide qui façonne les élus dès leur entrée en poste. « J’y suis rentrée moi aussi, dans ce moule-là. Mais avec le recul, j’ai compris que ça ne me ressemblait pas. 

— 
Catherine Fournier

« Je suis plus rassembleuse que combative. Je crois davantage au consensus qu’à la confrontation. »

Changement de cap



C’est dans cet esprit qu’elle prendra, en 2019, une décision majeure : quitter le Parti québécois pour siéger comme députée indépendante, tout en continuant à défendre l’idée de la souveraineté du Québec.


Un geste fort, à la fois politique et personnel. Une rupture qui a laissé des traces. « Il y a des gens qui ne m’ont plus jamais parlé. Des collègues, des amis. J’ai senti des regards fuyants, comme dans une cour d’école, quand tu te fais ignorer. C’était dur, surtout que ça venait parfois de personnes beaucoup plus âgées, que j’aurais pensé plus matures que ça. »


Mais cette liberté nouvelle lui ouvre aussi des portes. En dehors des lignes de parti, elle se découvre une marge d’action insoupçonnée. Elle peut poser un regard plus libre, plus audacieux sur les enjeux. Elle devient la première députée à parler ouvertement de la crise du logement à l’Assemblée, à alerter sur la montée des discours complotistes en pleine pandémie, à porter la voix d’une génération souvent absente du discours politique. « Mes frères, mes amis avaient eux-mêmes de la difficulté à trouver un logement ou une maison à un prix raisonnable. Je parlais de ce que je connaissais, de ce que je vivais. »


Cette indépendance, elle l’assume pleinement, même si elle reconnaît les défis que cela représente. « Quand tu es dans un parti, tu as toute une équipe autour de toi. Une fois seule, il faut que tu gères tout. J’ai appris le vrai fonctionnement de l’Assemblée nationale. J’ai tout fait moi-même, avec un seul employé. »


Un passage formateur, exigeant, mais fondateur.

Politique de proximité



Lorsqu’elle a quitté les bancs de l’Assemblée nationale pour se présenter à la mairie de Longueuil, Catherine Fournier ne cherchait pas un simple changement de décor : elle cherchait un changement de rythme, de rapport aux citoyennes et aux citoyens, de façon de faire de la politique. « La proximité avec le terrain, c’est ce qui m’a toujours définie », affirme-t-elle d’emblée. Et c’est précisément ce que le pouvoir municipal lui offre : une politique plus humaine, plus concrète, plus ancrée dans le quotidien des gens.


Ce qu’elle ignorait alors? À quel point elle allait aimer ça. « J’aime encore mieux ça que j’aurais cru, dit-elle. On peut vraiment faire avancer des projets, concrètement. » Bien sûr, tout ne repose pas uniquement sur la volonté politique. Elle le rappelle : il faut convaincre, mobiliser, créer un climat de collaboration avec l’administration municipale, sans laquelle rien ne peut se concrétiser. Mais là où certains voient des contraintes, Catherine Fournier voit des leviers. Sa méthode : inspirer ses équipes, susciter la fierté et l’adhésion autour d’objectifs communs.



Capsules vidéo informatives


Là où Catherine Fournier innove vraiment, c’est dans la manière dont elle communique avec les citoyennes et les citoyens. Avec ses capsules vidéo dynamiques, bien scénarisées et montées de manière professionnelle, elle réussit à démystifier les coulisses de la vie municipale. « Je voulais amener de la nuance, mettre de la pédagogie dans la manière d’expliquer les choses. Parce que c’est compliqué, la politique municipale, même moi je ne connaissais pas tout avant d’être mairesse. » Ce souci de transparence et de clarté, elle le cultive avec rigueur. Si elle n’est pas derrière la caméra, c’est bien elle qui conçoit les textes, les concepts, le ton. « Je suis un peu comme la réalisatrice, pas la monteuse, mais c’est mon idée. Je suis script-éditrice, réalisatrice. »


L’objectif est clair : aider les citoyennes et les citoyens à mieux comprendre les décisions politiques, souvent perçues comme opaques ou arbitraires. « Si on peut juste donner des outils aux gens pour qu’ils puissent exercer leur rôle de citoyenne ou de citoyen de façon plus éclairée, tout le monde y gagne. » L’engagement citoyen ne naît pas au moment où l’on obtient le droit de vote, croit-elle, mais bien plus tôt, dans la compréhension même du système. Rendre ça pertinent, accessible, presque ludique : voilà son défi, relevé avec créativité.

Apprivoiser la politique

En librairie

Et parce qu’une seule plateforme ne suffit pas, Catherine Fournier a aussi pris la plume. Son livre, Apprivoiser la politique paru le 10 septembre 2025, se veut à l’image de son approche : clair, visuel, accessible. « Ce n’est pas un essai classique, c’est plus un guide, un format un peu funky, à la Rad ou Urbania. Il y a des images, du graphisme, c’est pensé pour illustrer les idées, pas juste les écrire.

Voilà donc une autre façon d’élargir la conversation, de pérenniser le contenu au-delà des vidéos instantanées, de proposer un support complémentaire pour les curieux de la chose publique!


Avec ses quatre livres, L’audace d’agir (2017), Le Projet Ambition Québec (2019), Le manifeste (2020) et Apprivoiser la politique (2025), Catherine Fournier déploie une autre facette d’elle-même. Loin du tumulte médiatique, l’écriture devient un espace d’introspection et de clarté.


« En politique, tout va très vite. Écrire me permet de me poser, de réfléchir, de peser mes mots. C’est mon médium préféré. »


En filigrane de tout cela, une discipline constante, une passion pour l’apprentissage, et un sens profond du devoir. « Je prends du temps pour ça. Ce temps-là, je ne le prends pas pour dormir, ni pour relaxer: c'est vraiment un choix. » Loin d’une posture sacrificielle, ses paroles révèlent plutôt une vocation : faire de la politique un lieu d’éducation, de dialogue et d’action réelle.


Catherine est peut-être encore jeune, mais elle démontre avec force qu’on peut gouverner autrement. Par la pédagogie. Par la proximité. Par l’intelligence collective. Et surtout, par l’audace de croire que la politique municipale peut être, elle aussi, un espace de transformation profonde.

Leadership au féminin



Dans un univers politique encore largement teinté de codes masculins, Catherine Fournier n’a jamais cherché à se transformer pour s’y conformer. Au contraire, elle assume pleinement sa voix douce, sa sensibilité et sa vulnérabilité comme des forces – et non des faiblesses – dans l’exercice du pouvoir. « Je ne cherche pas à devenir quelqu’un d’autre que la personne que je suis. » Cette sincérité, elle la revendique haut et fort comme fondement de son leadership.


Pour la mairesse de Longueuil, incarner un « leadership féminin » ne signifie pas jouer un rôle, ni opposer les genres, mais plutôt redéfinir les codes à partir de l’authenticité. « On réussit mieux quand on est sincère. De toute façon, ça transparaît. » En montrant ses zones de fragilité, ses moments de doute, sa vie en dehors de la politique, elle cherche à humaniser une fonction trop souvent perçue comme froide et distante.

On réussit mieux quand on est sincère.

(Catherine Fournier)

Un choix symbolique



Catherine Fournier ne se contente pas de discours : elle agit. Dès le début de son mandat à la mairie, elle pose un geste fort en réduisant son propre salaire. Un choix symbolique, mais aussi profondément éthique. « Je voulais montrer que j’étais conséquente. » Plus qu’un simple renoncement financier, ce geste incarne sa conception d’une politique alignée avec ses valeurs :


Équité

Cohérence

Transparence.


Et cette transparence, elle l’applique au quotidien. Elle a ouvert l’accès aux documents décisionnels de la Ville, instauré des rencontres régulières avec l’opposition et accepté sans filtre les demandes de rencontre, même avec des groupes critiques. « Pour moi, il n’y a rien de mieux qu’une bonne conversation pour dénouer certaines perceptions. » Loin de se replier derrière les murs d’un hôtel de ville, elle préfère le dialogue – même s’il est parfois confrontant.


Cette volonté de proximité se reflète aussi dans son usage assumé des réseaux sociaux. Sur Instagram, elle partage autant ses sorties de terrain que ses moments personnels, ses lectures que ses vacances. Une façon de montrer qu’elle est «The girl next door», sans renoncer à son rôle d’élue. Elle sait que certaines jeunes élues hésitent encore à afficher leur quotidien, de peur d’être jugées. Elle, elle choisit de tout assumer. « C’est ça, ma vie. Pourquoi je la cacherais? »


En bref, Catherine ne propose pas un modèle de leadership « féminin » à copier, mais un modèle de leadership authentique, ancré dans l’écoute, la transparence et la confiance. Elle ne joue pas un rôle : elle habite sa fonction avec la même humanité que celle qu’elle affiche sur Instagram, dans les rues de Longueuil, ou autour d’un café, en répondant à ses courriels — même en vacances.

Un Québec souverain



À seulement 33 ans, Catherine Fournier propose une vision rafraîchissante de la souveraineté québécoise, ancrée dans l’inclusion, la confiance et l’ambition collective. Si elle continue de croire que le Québec a tout pour devenir un pays, ce n’est pas par nostalgie d’un combat passé, mais par espoir d’un projet renouvelé, audacieux, fondé sur des institutions à notre image et des rapports plus justes avec les Premiers Peuples.


« C’est une occasion formidable de construire quelque chose de neuf, de repenser nos liens sociaux, nos structures politiques, nos rapports économiques », affirme-t-elle avec conviction. Son engagement n’est pas figé dans un rêve théorique. Il s’incarne dans le réel, dans ses gestes quotidiens comme mairesse de Longueuil, dans ses écrits et ses prises de parole publiques.

Le courage de nommer



Et c’est peut-être cette sincérité, cette capacité à exprimer ce que d’autres n’osent pas dire, qui la rend si proche des gens. Quand elle a choisi de rendre publique son vécu comme victime d’agression sexuelle en 2023, c’est encore une fois avec un souci d’authenticité et de sens. « J’ai voulu transformer ce traumatisme en quelque chose de positif, qui pourrait aider ne serait-ce qu’une seule personne. »


Depuis, de nombreuses personnes l’ont approchée, remerciée. Des femmes, des hommes, des jeunes, qui ont vu en elle un modèle de résilience et de dignité. « Je pense que ça m’a aidée dans mon propre processus de guérison. Et surtout, je voulais dire aux gens : ça peut arriver à tout le monde. Mais ça ne vous définit pas. »


Pour la mairesse de Longueuil, la politique est d’abord un outil de transformation sociale. Pas une fin en soi. « Ce qui m’importe, c’est que les choses changent pour vrai. Que les gestes suivent les paroles. »


Son plus grand rêve politique? Il est simple :

Être là où elle est utile. Là où elle peut faire une différence.


INSPIRER LA RELÈVE


Fidèle à ses valeurs, elle mise sur la relève. « Il faut briser les moules. Plus on ouvre l’espace, plus on permet à d’autres de s’y inscrire. » Elle-même a composé son équipe municipale avec des jeunes, des femmes, des personnes issues de la diversité. Parce que selon elle, la diversité génère la créativité. Et la créativité est la clé des meilleures idées.

Le mot de la fin



Aujourd’hui, Catherine Fournier trace sa propre voie, loin des carcans partisans. Elle a quitté la colline parlementaire pour devenir mairesse de Longueuil, convaincue que la proximité avec les citoyennes et les citoyens est la clé d’un engagement politique sincère.


Elle a prouvé que la jeunesse n’était pas une faiblesse en politique, mais une force de renouvellement. Une énergie capable de remettre en question les automatismes sans tomber dans la confrontation.


Ce que Catherine Fournier incarne, c’est une politique vivante, humaine, résolument tournée vers l’action concrète et le courage d’être soi-même. Dans ses mots comme dans ses gestes, elle prouve qu’on peut gouverner avec cœur, écrire pour réfléchir, et dénoncer pour guérir. Son parcours, loin d’être figé, est une invitation constante à se dépasser, à briser les moules, et à faire une place à ceux et celles qu’on n’attendait pas.


À ceux qui hésitent encore à s’engager, elle ne propose pas de suivre ses traces, mais d’oser tracer les leurs. Parce que, selon elle, c’est dans la diversité des voix que se dessinent les sociétés les plus justes. Et c’est en tendant la main aux autres qu’on bâtit, ensemble, un avenir à notre image.

 

Chaque

voix

compte.

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