Dressons la table


Avant de devenir l’illustratrice derrière des produits créatifs et un univers visuel reconnu par des milliers de personnes, Jade Lachine a exploré plusieurs avenues, de l’animation 3D à l’entrepreneuriat artistique, en passant par des expériences inusitées qui ont façonné sa vision de la création. Aujourd’hui, son nom est associé à un monde doux, coloré et rempli de petits moments de bonheur, où chaque personnage raconte une histoire et où chaque illustration porte une part d’elle-même. Mais derrière cette ascension se cache surtout le parcours d’une passionnée qui a appris à écouter son instinct, à transformer les imprévus en occasions et à bâtir, un dessin à la fois, une carrière entièrement à son image.

L'envie de créer


Bien avant de devenir une illustratrice reconnue pour son univers coloré et singulier, Jade Lachine était cette jeune fille qui transformait les marges de ses cahiers en terrains de création et les bras de ses amis en petites œuvres éphémères. Chez elle, le dessin a toujours été une façon naturelle de s’exprimer, un réflexe qui l’accompagnait partout, depuis l’enfance.


Son tout premier souvenir lié à la création remonte à l’école primaire. Alors que plusieurs enfants griffonnaient parfois distraitement pendant les cours, Jade, elle, donnait déjà une intention à ses coups de crayon. Elle dessinait constamment, au point d’attirer l’attention de ses camarades qui voulaient, eux aussi, repartir avec une trace de son imagination.


À cette époque, ses créations prenaient une forme bien particulière : des tatouages temporaires réalisés au crayon gel sur les bras de ses amis. Une première incursion, sans le savoir, dans un monde où l’art devient un moyen de créer un lien avec les autres. Déjà, le plaisir ne résidait pas seulement dans le fait de dessiner, mais aussi dans celui de partager son imaginaire et de voir les gens réagir à ses créations.


Au fil des années, cette passion s’est installée naturellement dans son quotidien. Au secondaire, elle continue d’explorer la peinture et le dessin créatif, mais sans encore imaginer clairement qu’une carrière artistique pourrait se dessiner à l’horizon. Comme plusieurs jeunes qui cherchent leur direction, elle tente alors de mettre un nom sur cette envie profonde de faire de l’art une partie de sa vie.


« Je me disais que je deviendrais prof d’arts plastiques parce que c’était le seul métier que je connaissais qui rejoignait les arts », explique-t-elle.


Ce choix était alors davantage une porte d’entrée vers l’univers artistique qu’une véritable vocation définie. Jade savait une chose : elle voulait créer.


Elle cherchait simplement encore la forme que cette création allait prendre.

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Jade Lachine

"Je voulais faire de l'art de ma vie."

Virage à 180 degrés


Si le dessin a toujours été présent dans la vie de Jade Lachine, son parcours n’a pourtant pas suivi une trajectoire toute tracée. Comme plusieurs artistes, elle a exploré différentes avenues avant de trouver celle qui allait lui permettre de réunir ce qui l’habite depuis toujours :

La création

L’humain

La liberté.


Dans le cadre d’un cours au secondaire, Jade doit vivre un stage d’un jour en milieu d’emploi afin d’assister un professionnel dans ses fonctions. Elle saisit donc l’opportunité d’accompagner le père de sa bonne amie afin d’en apprendre plus sur son métier atypique de thanatologue.


Jade découvre alors un métier où l’art occupe une place insoupçonnée. La préparation des défunts, le maquillage, la coiffure et le souci du détail lui révèlent une dimension créative, mais surtout profondément humaine.

« Ce qui me touchait, c’est que ce travail aidait aussi les gens à travers leur processus de deuil. Il y avait un côté humain que je recherche encore aujourd’hui dans mon métier d’illustratrice. »


Cette découverte l’amène même à envisager une formation en thanatologie. Elle reprend des cours de chimie pour tenter d’intégrer le programme, mais réalise rapidement que cette avenue ne correspond pas totalement à son profil.

« Moi, je pensais à l’art. La chimie, les maths, tout ça, ce n’était vraiment pas mon fort. »


Elle revient alors naturellement vers son premier langage : la création. Au cégep, elle plonge dans un programme artistique qui lui permet d’explorer plusieurs disciplines, de la photographie au cinéma, en passant par la peinture, la sculpture et le dessin. C’est également à cette période qu’elle découvre l’animation 3D, une avenue qui lui ouvre une nouvelle perspective.

Elle poursuit donc sa formation au Centre NAD en animation 3D, avec l’idée de travailler éventuellement en studio sur des projets cinématographiques. Si elle adore l’univers créatif, elle comprend toutefois, une fois sur le marché du travail, qu’un cadre traditionnel d’emploi ne lui convient pas.


Ce qui la freine n’est pas la création, mais plutôt le manque de liberté. Les horaires fixes, la structure du neuf à cinq et les contraintes d’un emploi salarié deviennent incompatibles avec sa façon de fonctionner.

Peu à peu, Jade comprend qu’elle ne cherche pas seulement un métier artistique : elle cherche une façon de vivre sa créativité selon ses propres règles. Une prise de conscience qui allait ultimement la guider vers l’illustration et l’entrepreneuriat artistique.

Game changer


Si seulement elle s’attendait à ce qu’un simple moment d’ennui au travail devienne le point de départ d’une toute nouvelle carrière.


Dans les studios d’animation, le rythme est souvent imprévisible : des périodes intenses où les échéanciers s’accumulent, suivies de moments plus calmes où les projets se font attendre. C’est justement pendant l’un de ces creux professionnels que Jade recommence à dessiner davantage. Alors qu’elle passe ses journées au studio avec peu de tâches à accomplir, elle retrouve spontanément son premier réflexe : créer.


Pour s’occuper, elle commence alors à réaliser des portraits de personnes qu’elle suit sur YouTube, simplement pour le plaisir. L’une de ses premières créations est un portrait de Marie-Hélène Girard, créatrice derrière la chaîne Tellement Mom.

Sans attente particulière, Jade lui envoie son dessin… et reçoit une réponse qui changera la suite de son parcours.


Marie-Hélène partage l’illustration à sa communauté, qui compte alors plusieurs milliers d’abonnés. Le lendemain, Jade découvre une avalanche de messages dans ses réseaux sociaux.


Ce qui devait être un simple passe-temps prend rapidement une ampleur inattendue. Les demandes s’accumulent, les portraits se multiplient et Jade réalise qu’elle tient peut-être quelque chose.

Au départ, elle crée gratuitement, simplement heureuse de pouvoir dessiner. Puis, son entourage lui fait remarquer qu’il y a une véritable valeur derrière ce travail.


Peu à peu, elle commence à accepter des commandes le soir, en parallèle de son emploi en animation 3D. Mais alors que ses portraits prennent de l’ampleur, son emploi principal devient de plus en plus incertain. Après quelques semaines avec très peu de tâches au studio, une décision s’impose presque naturellement…

Jade quitte l’univers de l’animation 3D pour se consacrer entièrement à cette nouvelle aventure.

The rest is history.


Cette transition marque le début de sa carrière d’illustratrice indépendante. Elle doit alors apprendre une nouvelle facette de son métier : celle d’entrepreneure.

« Le côté entrepreneuriat, je ne l’ai pas appris à l’école. Je l’ai découvert sur le tas. »


Sans formation en gestion ou en développement de marque, Jade avance grâce à l’expérience, aux essais et aux conseils d’autres artistes qui l’accompagnent dans ses débuts. Peu à peu, elle bâtit son propre univers, porté par une communauté qui grandit autour de son travail.

Une vision qui se précise


 

Avec les années, Jade Lachine a développé un style qui est devenu sa marque de fabrique : des illustrations colorées, joyeuses et empreintes d’une touche enfantine. Un univers qui ne s’est pas construit du jour au lendemain, mais plutôt à travers beaucoup d’exploration et de pratique.


Si elle a déjà expérimenté différents styles, notamment le noir et blanc inspiré du tatouage, elle comprend rapidement que ce qui lui ressemble réellement se trouve ailleurs.


Son style devient ainsi le reflet de sa personnalité : lumineux, accessible et rempli de spontanéité. Pour Jade, l’illustration n’est pas seulement une façon de créer des images, mais une manière d’apporter quelque chose aux autres.


Cette envie de partager son art se retrouve d’ailleurs au cœur de son travail. Depuis ses débuts, elle a toujours été celle qui crée pour quelqu’un d’autre, celle qui offre un dessin, qui transforme une idée ou un souvenir en illustration.

De l'illustration au monde de l'édition


Le passage de Jade vers l’univers du livre s’est également fait grâce aux rencontres. Après avoir été remarquée sur les réseaux sociaux grâce à ses portraits, elle est approchée par une première maison d’édition pour raconter son parcours d’illustratrice.

À ce moment-là, elle est encore au tout début de son aventure entrepreneuriale.


« Ça ne faisait même pas un an que je faisais des portraits de famille dans mon salon. »


Cette première expérience l’amène jusqu’au Salon du livre de Montréal, où son travail attire l’attention d’autres acteurs du milieu, notamment la maison d’édition Goélette, qui deviendra un partenaire important dans le développement de ses produits.


De fil en aiguille, Jade transforme ainsi une passion d’enfance en un véritable univers artistique, porté par ses illustrations, ses livres et une communauté qui continue de grandir autour de son travail.


Aujourd’hui, cette créativité s’exprime notamment à travers ses nombreux cahiers de coloriage. Avec plus d’une douzaine de titres déjà disponibles et plusieurs autres en préparation, Jade continue de produire un volume impressionnant d’illustrations.


Derrière chaque projet se cache toutefois un important travail de création. Un seul cahier peut contenir une quarantaine d’illustrations et demander plusieurs semaines de réflexion, d’esquisses et de peaufinage avant de voir le jour.

La pédale dans l'fond!


En l’espace d’à peine un an, son univers s’est décliné en une impressionnante collection de livres, avec une cadence de production qui témoigne de sa grande capacité créative.


« On en sortait un par mois! »


Derrière cette productivité se cache toutefois un défi de taille : continuer à se renouveler tout en restant fidèle à son univers. Après avoir exploré plusieurs thèmes qui lui sont chers — le confort, le bonheur, l’amour, l’amitié ou encore les animaux — Jade cherche maintenant à pousser davantage son imaginaire.


Si Jade a réussi à bâtir une communauté fidèle autour de son travail, son succès repose aussi sur sa collaboration avec sa maison d’édition, Goélette. Grâce à leur réseau de distribution, ses livres et produits dérivés se retrouvent aujourd’hui dans de nombreux points de vente.


Pharmacies, librairies, magasins spécialisés, grandes surfaces… voir ses créations accessibles au grand public représente pour elle un moment marquant.


« C’est un travail d’équipe. Moi, je crée, puis eux m’amènent loin, vraiment loin. »


Cette complémentarité lui permet de se concentrer sur ce qu’elle aime le plus : imaginer et créer. De son côté, la maison d’édition assure la mise en marché et la diffusion de son univers auprès d’un public toujours plus large.

Des souvenirs transformés en illustrations


Derrière ses petits personnages et ses scènes du quotidien se cachent souvent des fragments de sa propre vie. Ses illustrations puisent dans ses expériences, ses voyages et les moments simples qui l’entourent.


Pour Jade, c’est justement cette authenticité qui donne une âme à son travail.


Un café où elle aime travailler, un voyage marquant, une soirée avec son amoureux… chaque détail peut devenir une source d’inspiration.


« Pour n’importe qui, c’est juste un petit koala puis un panda. Mais pour moi, je sais que c’est moi et mon chum quand on jouait de la guitare dans son appartement. »


Ces références personnelles demeurent parfois invisibles pour son public, mais elles donnent une profondeur particulière à ses créations.

Créer à l'ère de l'intelligence artificielle


Comme plusieurs créateurs aujourd’hui, Jade observe avec attention l’évolution rapide de l’intelligence artificielle et son impact sur le milieu artistique. Si elle reconnaît le potentiel impressionnant de ces nouveaux outils, elle demeure consciente des questions qu’ils soulèvent pour les artistes.


Elle se questionne notamment sur la valeur accordée au geste créatif humain et sur la manière dont la société choisira de reconnaître le travail derrière une œuvre.


« L’évolution rapide de l’outil est vraiment intimidante, dangereuse, même épeurante. »


Lorsqu’elle aborde le sujet avec sa communauté, elle choisit toutefois d’ouvrir la discussion plutôt que de simplement dénoncer. Pour elle, l’enjeu demeure de réfléchir collectivement à la place que l’on souhaite accorder à la création humaine dans un univers où les technologies évoluent à grande vitesse.


Une illustration personnalisée ne se résume pas à une image. Elle naît d’une conversation, d’un souvenir, d’une émotion. C’est cette dimension personnelle qui permet à un artiste de se distinguer.

(Jade Lachine)

Un lien sacré

Jade Lachine

Alors que l’intelligence artificielle transforme rapidement le paysage artistique, Jade Lachine observe cette évolution avec un regard à la fois curieux et prudent. Pour elle, la valeur d’une création réside dans ce qui ne peut pas être automatisé : l’histoire, l’intention et le lien humain et sacré qui relie le créateur à son client.

Le vertige de voir son rêve prendre vie


Parmi les nombreux moments marquants de son parcours, un souvenir ressort particulièrement : le jour où ses livres ont fait leur entrée chez Costco.


Voir ses créations reproduites en grandes quantités, accessibles à un vaste public, lui fait réaliser l’ampleur du chemin parcouru. Avant cela, la période de pandémie avait également joué un rôle majeur dans le développement de sa carrière. Alors que plusieurs secteurs ralentissaient, Jade vit son univers prendre de l’ampleur grâce à l’engouement pour l’achat local et aux nombreuses demandes de portraits personnalisés.


« Ça m’a aidée à monter ma communauté, mon travail et ma notoriété. »


Aujourd’hui, Jade souhaite que son parcours puisse servir d’inspiration à ceux qui rêvent eux aussi de vivre de leur art. Elle sait que son chemin n’était pas tracé d’avance et qu’elle aurait aimé voir davantage de modèles accessibles lorsqu’elle était plus jeune.


« Il y a toujours de la place pour de nouveaux artistes. Il faut foncer et s’entraider. Je veux être un modèle afin de montrer aux jeunes qui veulent vivre de leur art que c’est possible d’y arriver! »


— 
Jade Lachine

« Il faut oser, poser des questions, apprendre des autres et avancer. »

Le mot de la fin


Même après une ascension fulgurante, Jade continue d’avancer avec la même curiosité qu’à ses débuts. Elle ne planifie pas nécessairement tout à long terme; elle préfère suivre les occasions qui se présentent et rester connectée à ce qui nourrit sa créativité.


Pour préserver cette énergie, elle mise notamment sur les voyages, qui lui permettent de sortir de son quotidien et de revenir avec de nouvelles idées.


Un équilibre essentiel pour celle qui a transformé un simple crayon en véritable univers, et qui continue, une illustration à la fois, de bâtir une histoire artistique bien à elle. À travers son univers doux et rassembleur, elle rappelle qu’une carrière artistique ne se bâtit pas seulement avec du talent, mais aussi avec de la curiosité, de l’audace et la confiance de croire en sa propre vision.


Car parfois, le plus grand projet que l’on puisse créer, c’est encore celui de sa propre vie.


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