Dressons la table


Il y a encore quelques années, rien ne prédestinait Charles Page à devenir l'un des alpinistes québécois les plus remarqués de sa génération. Originaire de Drummondville, il découvre la haute montagne à l'âge adulte, après une expérience transformatrice sur le chemin de Compostelle qui change profondément sa vision de la vie. Animé par la conviction que les plus grands rêves se réalisent un pas à la fois, il se lance alors dans une aventure hors du commun.


En seulement quelques années, Charles Page passe du statut de novice à celui d'alpiniste de très haute altitude, enchaînant des sommets parmi les plus exigeants et dangereux de la planète. De l'Everest au K2, en passant par le Lhotse et l'Annapurna, il repousse sans cesse ses limites physiques et mentales. Son parcours témoigne d'une détermination exceptionnelle, mais aussi d'une philosophie inspirante : celle selon laquelle le courage, la persévérance et la capacité à sortir de sa zone de confort peuvent transformer une simple aspiration en accomplissement hors du commun.


L'histoire que je vais vous raconter est celle de Charles Page; un homme de chez nous qui a choisi de

poursuivre la voie de l'extraordinaire. 


Le point de départ


L'été 2021 marque un tournant.


Dans un contexte de pandémie, après la perte de son chien et avec le besoin de réfléchir au sens qu'il souhaite donner à sa vie, Charles décide de partir seul sur le chemin de Compostelle.


À l'époque, il ne se considère pas comme un athlète. À tout juste 34 ans, il n'a aucun objectif sportif, ne connaît pratiquement rien du célèbre pèlerinage et dispose simplement de vingt-quatre jours devant lui.


Sans vraiment savoir où cette aventure le mènera, il marche près de 700 kilomètres. Les premiers jours sont éprouvants : il parcourt une quinzaine de kilomètres avant de s'écrouler d'épuisement chaque après-midi. Peu à peu, son corps s'adapte. À la fin du parcours, il enchaîne des journées de près de 38 kilomètres.

Mais le véritable changement ne se produit pas dans ses jambes. Il s'opère dans sa tête.


En tenant un journal de bord, Charles réalise que les plus grands projets ne se construisent jamais d'un seul coup. Ils se bâtissent un pas à la fois. Il découvre aussi que tout commence par soi-même : apprendre à s'aimer, à prendre soin de soi et à devenir l'artisan de son propre bonheur.


« Je me suis mis en marche.», résume-t-il aujourd'hui. Une expression qui décrit autant son état d'esprit que son parcours.

— 
Charles Page

« Je me suis mis en marche. »

Une vie transformée, mais sans plan précis.

Charles Page

À son retour au Québec, Charles n'est toujours pas alpiniste. Il reprend sa vie normale, son emploi de représentant à Montréal et son horaire de bureau. Son travail lui permet de gagner sa vie, mais il ne correspond pas à une véritable vocation. Les vacances demeurent les moments qu'il attend le plus, car elles sont synonymes d'évasion. Il revient donc transformé de Compostelle, mais sans savoir encore quelle direction prendra cette nouvelle version de lui-même.

Le hasard qui change tout



Quelques mois plus tard, lors d'un voyage en sac à dos au Guatemala, une rencontre fortuite va tout faire basculer.


Dans une auberge de jeunesse, un voyageur lui raconte la randonnée qu'il vient d'effectuer pour observer un volcan en éruption. Les images fascinent immédiatement Charles. Le lendemain, sans équipement adéquat, il décide de tenter lui aussi l'aventure. Les autres randonneurs lui prêtent vêtements chauds, lampe frontale, mitaines et matériel car lui, ne possède encore rien de tout cela. Il entreprend pourtant l'ascension avec de simples chaussures de course.


Au fil de la montée, plusieurs membres du groupe rebroussent chemin en raison des effets de l'altitude. Charles, lui, poursuit jusqu'au sommet.


Cette première expérience en montagne agit comme une véritable révélation.

« C'est là qu'est née ma piqûre pour les montagnes », raconte-t-il.

À ce moment-là, son ambition est pourtant modeste.


Son grand rêve consiste simplement à gravir le Kilimandjaro, une montagne mythique, mais accessible à des amateurs bien préparés. Pour y parvenir, il comprend qu'il doit se mettre en forme.


En janvier 2022, il commence donc à courir pour la toute première fois de sa vie.

Au même moment, les organisateurs annoncent la création du premier marathon de Drummondville, sa ville natale. Charles ne cherche pas la performance. Son seul objectif est de compléter les 42,2 kilomètres. Convaincu qu'il pourra toujours alterner entre la course et la marche, il s'inscrit malgré tout.

L'entraînement transforme rapidement ses capacités. Quelques mois plus tard, il franchit la ligne d'arrivée de son premier marathon... Une nouvelle preuve que les limites sont souvent beaucoup plus loin qu'on ne le croit.

Toujours plus haut


 

L'été suivant, Charles réalise enfin son rêve en atteignant le sommet du Kilimandjaro.


Mais cette réussite ne marque pas une fin. Elle ouvre plutôt la porte à un univers qu'il ne soupçonnait pas. Il continue de travailler à temps plein de façon à financer ses expéditions et progresse sans brûler les étapes. Chaque projet en prépare un autre. Puis, à une vitesse qui étonnera même les alpinistes expérimentés, son ascension devient fulgurante.


À peine un an et demi après avoir véritablement découvert la montagne, soit au printemps 2024, il entreprend l'ascension de l'Everest!


Passer de parfait débutant au plus haut sommet de la planète en si peu de temps relève presque de l'impensable.

Pour Charles Page, pourtant, cette progression n'a rien d'un miracle. Elle est simplement la conséquence de la leçon apprise quelques années plus tôt, sur un sentier espagnol : les plus grandes montagnes se gravissent toujours... un pas à la fois.


Un pas à la fois, jusqu'au sommet du monde


Charles Page atteint donc le point le plus élevé de la planète, mais l'Everest n'est pas une ligne d'arrivée. À peine quelques heures plus tard, il repart en direction du Lhotse, la quatrième plus haute montagne du monde.

Les deux sommets partagent le même camp de base et une partie de leur itinéraire. À partir du camp 3, la voie se divise en un immense « Y » : une branche mène vers l'Everest, l'autre vers le Lhotse.

En moins de vingt-quatre heures, Charles enchaîne les deux ascensions, un exploit rarissime que très peu d'alpinistes ont réussi dans l'histoire.

Pole pole: Avancer lentement pour se rendre loin


À son poignet, Charles porte un bracelet qu'il n'a jamais retiré depuis son ascension du Kilimandjaro. Deux mots y sont inscrits : Pole pole.


En swahili, cette expression signifie « lentement, lentement » ou « doucement, doucement ».


Pour les guides tanzaniens, c'est une règle essentielle afin de s'acclimater à l'altitude. Pour Charles, c'est devenu une philosophie de vie. Même lorsque l'objectif semble gigantesque, il refuse de se laisser écraser par son ampleur. Il préfère le découper en une succession de petites étapes.

C'est ainsi qu'il a traversé Compostelle. C'est ainsi qu'il a couru son premier marathon. Et c'est ainsi qu'il gravit aujourd'hui les plus hautes montagnes du monde.

 

Plus aventurier qu'alpiniste


Malgré les exploits qui jalonnent désormais son parcours, Charles refuse de se définir comme un alpiniste.

Il préfère parler de lui comme d'un voyageur, d'un aventurier.


Les montagnes ne sont, selon lui, qu'un chapitre parmi d'autres dans une quête beaucoup plus vaste : celle de découvrir le monde, mais aussi de se découvrir lui-même.

Autour de son cou, plusieurs colliers colorés témoignent de la dimension profondément humaine de ses expéditions. Ils lui sont remis lors des pujas, des cérémonies bouddhistes célébrées avant chaque ascension dans l'Himalaya. Conduites par des lamas, ces cérémonies visent à demander à la montagne l'autorisation de passer et la protection nécessaire pour revenir sain et sauf.


Pour Charles, ces colliers sont les objets les plus précieux qu'il possède. Il ne partirait jamais sans avoir participé à ce rituel.

La force tranquille



On pourrait croire qu'un parcours aussi spectaculaire repose sur une force physique exceptionnelle ou une volonté hors du commun.

Charles voit les choses autrement.


Il ne se considère ni comme le plus rapide, ni comme le plus fort, ni même comme le plus talentueux.

Ce qui l'habite, dit-il, est plutôt une force intérieure.

Une confiance calme, qui lui permet d'affronter les difficultés sans précipitation.


À l'entendre parler, un paradoxe se dessine.

Son ascension vers les plus hauts sommets du monde s'est déroulée à une vitesse fulgurante et pourtant, rien n'a jamais été vécu dans l'urgence. Tout s'est construit avec patience.

Lentement.

Sûrement.

En montagne, cette sérénité devient même sa plus grande alliée. Plus l'environnement est hostile, plus il ressent le besoin de ralentir, d'écouter son corps et d’habiter pleinement l’instant présent.

Faire confiance à l'inconnu


Contrairement à bien des gens qui cherchent à tout planifier, Charles puise son énergie dans l'incertitude. Il ignore souvent où ses prochains mois le mèneront.

Et c'est précisément ce qui le nourrit.


Chaque nouvelle aventure commence par une curiosité, une rencontre ou une idée qui surgit presque par hasard. Il ne cherche pas à contrôler le prochain chapitre de sa vie. Il préfère rester disponible à ce que celle-ci lui propose. À ses yeux, c'est peut-être là la véritable définition d'un aventurier : quelqu'un qui avance avec confiance sans connaître exactement la destination.


Aussi étonnant que cela puisse paraître, Charles n'aime pas spécialement le danger.

Il affirme même avoir le vertige! Il ne recherche pas l'adrénaline pour elle-même et ne se considère aucunement comme un individu téméraire. Ce qui le pousse vers les sommets n'est pas le goût du risque, mais celui du dépassement de soi. Certes, la peur est bien présente… Elle fait partie du voyage.


La différence, c'est qu'il a appris à marcher avec elle plutôt que de la laisser décider à sa place.


Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce ne sont pas ses succès qui ont donné à Charles la confiance nécessaire pour s'aventurer en territoires inhospitaliers, mais bien ses renoncements.


L'un des plus marquants survient au Broad Peak, au Pakistan, la douzième plus haute montagne de la planète. À l'été 2025, il rêve d'enchaîner le Broad Peak et le K2, mais les conditions sont exécrables. La neige dépasse parfois la taille et, à seulement 300 mètres du sommet, il choisit de faire demi-tour. Une décision difficile, prise en style alpin, sans cordes fixes, uniquement accompagné de son valeureux sherpa nommé Rinji. Loin d'y voir un échec, Charles considère aujourd'hui cette retraite comme l'une des expériences les plus formatrices de sa carrière. C'est à ce moment qu'il comprend qu'il possède peut-être la qualité la plus importante en haute montagne : la capacité de renoncer au bon moment.


Sa façon de composer avec la peur repose sur une philosophie étonnamment simple. Il refuse de laisser son esprit s'emballer en imaginant les pires scénarios. Plutôt que de penser aux avalanches, aux crevasses ou aux dangers qui l'attendent plusieurs jours plus tard, il réduit chaque expédition à une succession de micro-objectifs.


-         Acheter un billet d'avion.

-         Arriver au Népal.

-         Rejoindre le camp de base.

-         Monter au camp 1

-         (…)


Chaque étape devient une petite victoire qu'il célèbre avant de passer à la suivante. À mesure que les jours passent, la confiance remplace progressivement les craintes. Les conditions réelles prennent le dessus sur les peurs imaginées. « Tout se place au fur et à mesure », explique-t-il.

Une approche qu'il applique désormais autant dans les montagnes que dans les périodes plus difficiles de la vie. Selon lui, lorsque tout semble s'écrouler, la plus grande victoire consiste simplement à traverser la prochaine heure sans se projeter davantage.

Renoncer VS Abandonner



La montagne lui a également appris à écouter cette petite voix intérieure que l'on choisit trop souvent d'ignorer.


Là-haut, les décisions doivent parfois être prises en quelques secondes. La météo change, les conditions évoluent, le corps envoie des signaux. Il n'y a ni place pour l'ego, ni pour l'hésitation. Avec le temps, Charles a développé une confiance profonde envers son instinct. Cette capacité à prendre des décisions difficiles, parfois impopulaires, est devenue l'une des plus grandes leçons que la haute altitude lui ait offertes.


C'est d'ailleurs ce qui l'amène à faire une distinction essentielle entre renoncer et abandonner. 

Renoncer est un acte de lucidité. C'est choisir de préserver sa vie lorsqu'une montagne ne veut pas vous laisser passer. Abandonner, en revanche, signifie cesser d'avancer sans raison valable.

(Charles Page)

Lui n'a jamais ressenti cette envie.


Il dit gérer son énergie plutôt que son temps, accepter les périodes de ralentissement lorsque son corps les réclame, puis repartir lorsqu'il se sent prêt. Cette capacité à respecter son propre rythme, sans culpabilité, fait aujourd'hui partie intégrante de sa philosophie de vie. Une philosophie résumée par une conviction qui revient sans cesse dans son parcours : avancer, toujours, mais savoir reconnaître le moment où le plus grand courage consiste à faire demi-tour.

L'aventure au service des autres


Si les sommets nourrissent sa quête personnelle, ils sont aussi devenus un formidable levier pour redonner. Depuis quelques années, Charles consacre une grande partie de son énergie à soutenir Enfant Soleil. Il parcourt les écoles du Québec pour raconter son parcours et, plutôt que de recevoir un cachet, demande que celui-ci soit remis directement à l'organisme. À cela s'ajoutent les conférences publiques et les nombreuses collectes de fonds qu'il organise autour de ses expéditions. Ensemble, elles ont permis d'amasser plus de 200 000 dollars.


Fait révélateur, lorsqu'on lui demande de quoi il est le plus fier, Charles ne parle ni de l'Everest, ni du K2, ni de l'Annapurna. Il évoque spontanément cette contribution à Enfant Soleil. Parce qu'à ses yeux, les plus grandes montagnes ne sont pas toujours celles de l'Himalaya. Pour bien des familles, la maladie représente un sommet autrement plus difficile à gravir, et il est heureux que ses propres aventures puissent contribuer, à leur façon, à alléger ce fardeau.

Apprendre à relativiser


Parmi toutes les expéditions de Charles Page, le K2 demeure celle qui l'a le plus confronté à sa propre vulnérabilité. Plus encore que l'altitude ou l'épuisement, ce sont les chutes de pierres incessantes qui l'ont marqué.


Lors de la descente, il a parfois eu l'impression que la montagne « voulait le tuer ». Les roches dévalaient les pentes sans interruption, transformant chaque pas en pari. Deux alpinistes y ont d'ailleurs perdu la vie cette année-là.

Une telle expérience laisse forcément des traces.

Pourtant, plutôt que de nourrir l'anxiété, elle a renforcé chez lui une capacité déjà bien ancrée : celle de relativiser.


Aujourd'hui, les contrariétés du quotidien lui paraissent dérisoires. Un retard, un imprévu ou une mauvaise journée ne pèsent plus bien lourd lorsqu'on a déjà eu le sentiment de jouer sa vie à plusieurs milliers de mètres d'altitude. « Dans le fond, des problèmes, on n'en a pas tant que ça, dit-il. C'est surtout notre façon de les regarder qui fait la différence. »

Éviter le sommet de trop


Après avec conquis 7 sommets de plus de 8000 mètres d'altitude, dont le TOP 5 planétaire, on pourrait croire que Charles poursuit les records. Il affirme pourtant le contraire. Ce qu'il recherche n'est ni la performance ni la reconnaissance, mais cette émotion particulière qui accompagne chaque nouvelle aventure.


Les rêves, dit-il, sont innombrables. Certains deviendront peut-être des expéditions, d'autres non. Il refuse toutefois de se laisser entraîner par un piège bien connu de la haute montagne : celui de l'ambition. Car dans un univers où le danger est omniprésent, le succès peut devenir aussi risqué que l'échec. Plus on accumule les sommets, plus la tentation est grande d'aller toujours plus loin, toujours plus haut. Charles préfère ralentir et prendre le temps de réfléchir avant de choisir son prochain défi, conscient que le plus difficile n'est pas de gravir un sommet, mais d'éviter celui de trop.


S'il ne devait transmettre qu'une seule conviction, ce serait celle-ci : nous n'avons qu'une seule vie. Pour lui, le véritable luxe ne réside ni dans les exploits ni dans les possessions, mais dans la possibilité de choisir le chemin que l'on souhaite emprunter. À chaque décision importante, il se pose la même question : « Est-ce que plus tard, je serai fier de l'avoir fait ? » C'est cette réflexion qui guide son parcours depuis Compostelle. Bien plus que la réussite, c'est l'absence de regrets qu'il poursuit. Il croit profondément que chacun possède un potentiel encore inexploré et qu'il existe une part de nous-mêmes qui ne se révèle qu'au moment où l'on ose sortir des sentiers connus.

 

Ce que les images ne disent pas


Les images des plus hauts sommets du monde impressionnent par leur immensité, mais elles échouent à transmettre ce que l'on ressent réellement à près de 9 000 mètres d'altitude.


Pour Charles, le sommet est d'abord une émotion. Une immense fierté, bien sûr, lorsqu'il repense au chemin parcouru depuis ses premiers pas sur Compostelle. Mais cette fierté est immédiatement rattrapée par une humilité presque écrasante. Face à l'immensité des montagnes, l'être humain reprend sa juste place : celle d'un grain de sable dans un univers qui le dépasse infiniment. L'air y est si pauvre en oxygène que chaque respiration exige un effort immense. Au-dessus de 7 000 mètres, les alpinistes utilisent un apport d'oxygène supplémentaire pour continuer à progresser. Le vent souffle, la lumière est d'une pureté saisissante et le corps avance au ralenti, comme si chaque mouvement coûtait plusieurs fois plus d'énergie qu'au niveau de la mer. À cette altitude, le paysage n'est plus seulement contemplé : il est ressenti.

Derrière les images de l'EVEREST


Les célèbres photographies montrant des dizaines d'alpinistes faisant la file vers le sommet de l'Everest donnent souvent l'impression d'une montagne surpeuplée. La réalité est plus nuancée. Chaque année, quelques centaines de permis seulement sont délivrés et les fenêtres météo favorables se comptent généralement sur les doigts d'une main. Tous les alpinistes tentent donc leur chance pratiquement au même moment, ce qui crée ces impressionnants embouteillages sur les sections les plus techniques, là où une seule corde fixe permet à ceux qui montent et à ceux qui redescendent de se croiser au-dessus de milliers de mètres de vide. À l'inverse, certaines montagnes comme l'Annapurna accueillent seulement quelques dizaines de grimpeurs par saison, offrant une expérience infiniment plus solitaire.


Une montagne plus propre demain


La question des déchets sur l'Everest revient souvent dans les discussions. Charles ne nie pas la réalité : certains secteurs, particulièrement les camps d'altitude, portent encore les traces de plusieurs décennies d'expéditions. Mais il refuse les raccourcis. Selon lui, la grande majorité des alpinistes ne montent pas avec l'intention de polluer. Les conditions extrêmes, les tempêtes et les urgences expliquent une partie de cette accumulation. Surtout, il constate une réelle évolution des pratiques. L'utilisation de drones pour redescendre le matériel et les déchets est déjà amorcée, les campagnes de nettoyage se multiplient et la sensibilisation auprès des expéditions progresse rapidement.


Plus largement, son regard de voyageur l'amène à relativiser cet enjeu. À ses yeux, la pollution des océans représente un défi environnemental autrement plus préoccupant, tant ses conséquences s'étendent à l'ensemble des écosystèmes. Pour l'Everest, il demeure résolument optimiste : la technologie, conjuguée à une prise de conscience grandissante, permettra selon lui de préserver davantage cette montagne mythique pour les générations futures.

Le mot de la fin


Lorsqu'on lui demande ce qu'il aimerait que l'on retienne de lui lorsque les expéditions seront terminées, sa réponse surprend par sa simplicité. Il souhaite simplement être perçu comme « un gars ordinaire qui avait des rêves et qui les a réalisés ». Un homme qui aura utilisé ses aventures pour servir une cause plus grande que lui, notamment auprès des enfants malades et de leurs familles.


Les montagnes auront façonné son existence, mais c'est l'impact laissé auprès des autres qu'il espère voir survivre à ses exploits.



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